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Lorsqu’un crime ou un délit a été commis, victimes et témoins sont interrogés dans le cadre de l’enquête. Interrogatoire sur les lieux, portrait-robot, identification via photos ou présentation du suspect parmi d’autres personnes … Comment procèdent les policiers pour obtenir un maximum d’informations fiables ? 

 


Selon les circonstances du moment, chacun d'entre nous peut être concerné par une enquête de police. Tenant compte des règles juridiques en usage et des récents travaux en psychologie cognitive, quelles sont les procédures prévues pour recueillir des témoignages fiables ?

 

La prise de connaissance du délit


Le policier qui, en première ligne, est avisé de la perpétration d’un fait criminel, est chargé de réunir et de diffuser les informations les plus pertinentes concernant le cas. La manière dont il s’acquitte de cette tâche, conditionne nécessairement la suite de l’enquête.


A l’écoute, calme, ouvert, empathique, il veille à ne pas précipiter le récit de son interlocuteur. Il pose des questions ouvertes : « que pouvez-vous me dire au sujet de cette voiture ? » qu’il complètera le cas échéant par des questions fermées : « quelle est la couleur de cette voiture ? » en évitant d’être directif ou suggestif. Il s’efforce donc d’obtenir un maximum de précisions concernant les personnes impliquées et les circonstances.

 

L’enquête sur les lieux


Outre les constatations matérielles, l’enquêteur s’informe de la présence éventuelle de la victime et des témoins. L’auteur est peut-être encore sur les lieux. Toutes les personnes présentes doivent être interrogées et isolées les unes des autres afin d’éviter les influences réciproques.


Ici, aussi, écoute, empathie, calme, sont essentiels. L’enquêteur favorise le récit libre, pose des questions ouvertes avant les questions fermées pour obtenir le plus de détails fiables. Il évite les questions directives ou suggestives. Il s’informe afin de savoir à qui les témoins ont parlé entre le moment des faits et leurs dépositions respectives.

 

Le portrait-robot


Dans le cas où l’auteur des faits a été vu, le témoin est-t-il en mesure d’en donner une description précise pour composer un portrait-robot ? Cela doit se faire dans un environnement où il n’y a aucun élément distracteur. L’enquêteur explique comment il procède et invite le témoin à se remémorer le contexte de la scène et à retrouver son état d’esprit à ce moment-là.


Réalisé le plus rapidement possible par un policier spécifique (portraitiste), un portrait-robot permet à la justice de diffuser le signalement d'un auteur via les canaux internes police et les médias. Il permet également une recherche plus fine dans les fichiers photos de la police.


Le travail doit être fait séparément, autant de fois qu’il y a de témoins. Les photos d'auteurs potentiels ne seront pas montrées avant que le portrait ne soit finalisé.

 

L’enquête photos


Si l’auteur a été vu, il faut essayer de l’identifier en soumettant une collection de photos d’individus connus pour avoir commis des faits semblables. Il s’agit soit d’un album classique, soit de photos digitalisées générées par ordinateur.


La série de photos doit être composée avec soin, en tenant compte de la race, du sexe, de l’âge approximatif, des éléments descriptifs fournis par le témoin. Les photos doivent être relativement récentes.


L’enquêteur informe le témoin que la photo de l’auteur peut être ou non dans la série ; il l’invite à se replacer dans le contexte de l’événement et dans son état d’esprit d’alors. Si le témoin pense reconnaître l’auteur, il lui est demandé de définir son degré de certitude. Il convient de répéter l’opération autant de fois qu’il y a de témoins.


Si un suspect est identifié mais non appréhendé et que l’on dispose de sa photo, celle-ci est placée parmi 5 ou 6 autres d’individus de même apparence. Les photos sont présentées simultanément ou de manière séquentielle au témoin. On montre toutes les photos, même si une identification est positive en cours de procédure.


S’il y a plusieurs suspects, on évite de mettre leurs photos dans la même série. En cas d’identification positive, aucun commentaire ne doit consolider artificiellement la confiance qu’a le témoin en son propre jugement.

 

La parade d’identification ou "line up"


C'est la procédure par laquelle un suspect est placé parmi plusieurs personnes de même sexe, même race, même apparence, qui sont présentées au témoin susceptible de le reconnaître parmi celles-ci. Au préalable, on demande au témoin une description la plus précise possible de l’auteur.


On ne place qu’un suspect parmi 5 ou 6 personnes, il n’en faut pas plus. Il est placé au hasard ou il choisit lui-même sa place. S’il y a plusieurs suspects, il y aura plusieurs séries différentes, avec d’autres personnes.


Certains experts recommandent de présenter les sujets de manière séquentielle et non tous ensemble. Dans une telle présentation, le témoin compare chaque fois la personne présente au souvenir qu’il a de l’auteur des faits, tandis que dans une présentation simultanée, il a tendance à comparer les différentes personnes entre elles pour tenter de déterminer celle qui, selon lui, ressemble le plus à l’auteur. Il introduit ainsi un biais dans la procédure.


Avant de présenter les différentes personnes au témoin, l’enquêteur explique que le but de l’opération est autant de disculper un innocent que de reconnaître un coupable, que l’auteur est peut-être dans la série, mais peut-être pas et qu’il n’est pas nécessairement vêtu, ni coiffé de la même manière que le jour des faits. Il évite d'influencer le témoin en attirant son l’attention sur l’une ou l’autre personne en particulier. En cas d’identification positive, aucun commentaire ne sera fait par le policier.


Idéalement, le policier qui présente les photos ou conduit le «line up» ne fait pas partie de l’équipe chargée de l’enquête, de sorte qu’ignorant qui est le suspect, il ne puisse influencer le témoin.




Jean-Paul WUYTS

Commissaire divisionnaire er

Licencié en criminologie et psychologie



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