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Pourquoi cette question ? Tout simplement parce que régulièrement, le problème lié à l’acte autopsique réapparaît au gré des médias, au fil des ans et l’on se demande ainsi pourquoi il faut maintenir cette pratique médicale alors que la médecine dispose d’instruments exploratoires tellement performants comme par exemple l’imagerie par résonance magnétique.

 

 

L’autopsie en général


L’autopsie est un acte remontant à la nuit des temps, son heure de gloire – si l’on excepte certaines pratiques en Égypte ancienne – datant essentiellement d’illustres médecins et anatomistes, et nous pensons à Ambroise Paré et bien évidemment André Vésale, lorsqu’ils ont œuvré ensemble auprès du roi Henri II en 1559.


La connotation de l’autopsie est très variable en fonction des pays, des religions, des tendances attribuables aux diverses populations, les pays scandinaves ayant un taux important d’autopsies (de l’ordre de 32% des décès en Finlande), par opposition aux pays latins (la Belgique atteignant à peine 1% alors que l’Allemagne avoisine les 8%).


Deux orientations de l’autopsie doivent être définies : l’autopsie médico-légale qui nous intéresse par définition, et l’autopsie dite médico-scientifique ou plutôt clinique.

Cette dernière permet la vérification post mortem de l’exactitude du diagnostic d’une part, et de la cause réelle du décès d’autre part. Malgré les progrès de l’imagerie médicale du XXIème siècle, notre expérience confirme que ces techniques n’écartent pas la finesse de l’approche pathologique par la vérification interne, tant sur le plan macroscopique (l’autopsie proprement dite) que microscopique (l’examen des prélèvements effectués).


Nous noterons que l’autopsie clinique est en perte de vitesse, pour toute une série de raisons que nous n’aborderons pas ici, faute de place.

 

L’autopsie médico-légale en particulier

 

La réquisition : qui décide quoi ?


Sa réalisation nécessite une réquisition du médecin, idéalement un spécialiste en médecine légale (la liste de ces médecins est établie par le SPF Justice) par le juge d’instruction. En effet, compte tenu de l’importance d’un tel acte, seul le juge d’instruction peut saisir le médecin légiste. En théorie, le procureur du Roi peut également avoir de telles compétences, face au flagrant crime ou face à l’absence du juge d’instruction (article 44 du Code d’instruction criminelle). Classiquement, afin d’éviter les problèmes de procédure, le procureur du Roi évite de telles réquisitions pouvant mettre en péril le dossier quant à sa forme.


L’autopsie médico-légale ne peut être refusée par les proches, le corps devant être considéré comme une « pièce à conviction » saisie de manière temporaire par le magistrat.


La famille peut bien évidemment, si elle le souhaite, se recueillir au chevet de la personne décédée, avant l’autopsie, mais dans des conditions strictes en présence du magistrat ou de l’enquêteur, et en évitant tout contact, afin d’éviter la déperdition de certains éléments de preuve.

Elle peut bien évidemment revoir la personne décédée après l’autopsie, ce qui lui permet d’apprécier le strict respect du corps par les praticiens. En matière d’homicide, le corps est classiquement beaucoup plus présentable en fin d’autopsie après suture, nettoyage et habillage.


Notons que le magistrat requérant décide du moment auquel ce dernier hommage peut être rendu. Il décide également à quel moment le corps peut être rendu à cette famille.



Dans quelles conditions se pratique l’autopsie ?


L’autopsie médico-légale de haute qualité respecte tous les critères édictés par le Comité des ministres aux états membres européens (1).


Elle est ainsi pratiquée idéalement par deux médecins légistes (ce qui peut aider notablement lors des témoignages en justice par exemple).


Elle est nécessairement complète. Aucune région du corps ne peut être ignorée. Aucun organe ne peut être délaissé.


Elle est idéalement effectuée sur des corps frais, dès lors que l’évolution de ceux-ci au fil des jours après la mort, génère des dégradations tant macroscopiques que microscopiques et fait perdre aux médecins, certaines possibilités diagnostiques. Pensons notamment aux examens microscopiques du muscle cardiaque, qui doivent idéalement être pratiqués dans les 24 heures du décès. Pensons aussi aux prélèvements de l’ADN et aux prélèvements toxicologiques, sachant que certaines substances (comme l’insuline) se dégradent très rapidement après le décès.

 

 

Prochain article : L’autopsie médico-légale : comment se pratique-t-elle et quelles finalités ?

 

 

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.MD PhD et Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.MD

Institut Médico-légal Hainaut Namur

Unité de médecine légale et d’anthropologie médico-légale

Laboratoire d’Anatomie, Biomécanique et Organogenèse (LABO – ULB)




(1) Conseil de l'Europe - Comité des Ministres (1999) Recommandation n° R (99) 3 du Comité des Ministres aux Etats Membres, relative à l'harmonisation des règles en matière d'autopsie médico-légale: Conseil de l'Europe

 

 

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