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L’automutilation chez les adolescents est un phénomène fréquent. Que ce soit pour faire face à des émotions négatives, ou par mimétisme, défi pour s’identifier à un groupe, elle n’est pas à banaliser et est bien souvent le reflet d’un mal plus profond.

 

 

L’automutilation n’est pas synonyme d’une envie de mourir


L’automutilation est une tentative délibérée de se faire du mal sans intention de se donner la mort. Elle est rarement le signe d’un trouble psychiatrique sévère ou d’une volonté de se suicider.  Elle exclut les blessures causées par un état délirant,  associées à de la déficience mentale ou une dysfonction neurologique comme l’autisme par exemple. Cependant, si l’on ne se penche pas sur ses causes, le risque suicidaire à long terme peut être multiplié par 10.

 

 

L’adolescence : un période critique


On estime qu’un adolescent sur six s’automutile et que cette pratique touche deux fois plus les filles que les garçons. Les comportements débutent en moyenne à l’âge de 15 ans et témoignent souvent de violences subies, psychiques, physiques ou sexuelles. Montrer les blessures que l’on s’inflige est un moyen d’attirer l’attention sur celles qui ne se voient pas.


Les scarifications, coupures faites par une lame de rasoir, un couteau ou encore des ciseaux sont les plus courantes. Cependant, il arrive également que les adolescents puissent se frapper, se pincer, se brûler, se griffer ou se mordre.


Habituellement, les zones ciblées peuvent être cachées par les vêtements : bras, jambes et abdomen.


L’automutilation a un sens et une fonction particulière pour chaque ado selon son histoire et les difficultés auxquelles il tente de faire face. Ce comportement est une solution temporaire  qui permet au jeune de survivre à la détresse qui le submerge.

 


Se faire du mal pour se sentir mieux


La motivation principale de l’automutilation est de tenter de trouver un moyen efficace de gérer des émotions très fortes causées par des expériences de vie douloureuses et/ou sur lesquelles le jeune n’a pas de contrôle. S’infliger une telle violence aide à relâcher une tension et  soulage.

Le mal être ressenti à l’adolescence peut ne pas avoir de forme, être inexplicable. S’infliger une douleur physique la rend réelle, légitime, et permet de reprendre une certaine forme de contrôle. En effet, les blessures peuvent être soignées, et l’on passe du registre de provoquer sa souffrance à celui de tenter de la calmer et de l’apaiser.



S’automutiler revêt de multiples facettes :

  • Purger sa souffrance. 

  • Se sentir vivant : la douleur ramène à la réalité.

  • Se punir d’avoir de mauvaises pensées (souhaiter du mal à ses parents, un professeur, un camarade) ou de ne pas être à la hauteur.

  • Transformer une douleur psychologique incompréhensible en une douleur physique.

  • Reprendre une forme de contrôle sur soi : gérer sa douleur, se soigner.

  • Une symbolique identitaire : chaque cicatrice a une histoire.

  • Canaliser de la colère ou de l’agressivité dont on a peur.

  • Se purifier : faire sortir ce qui va mal en soi.

  • Lutter contre une sexualité qui parait menaçante (puberté), souvent lors d’antécédents d’abus sexuels.




Se faire du mal pour se mettre au défi


Les forums incitant les jeunes à s’automutiler fleurissent sur internet. Un jeune pourra vouloir, tel un rite initiatique en pleine recherche identitaire, montrer sa valeur à ses pairs en acceptant de se soumettre à des rituels douloureux et à les exhiber sur les réseaux sociaux. De nombreux challenges ou défis plus dangereux les uns que les autres sont ainsi proposés aux jeunes adolescents afin de défier la douleur et la mort.

 

 

Les facteurs de risque


Un jeune qui présente une désinhibition, une urgence à agir et des difficultés à réguler son comportement face à de fortes émotions négatives en privilégiant des stratégies d’évitement pour faire face à ses difficultés de vie, sera plus à risque de s’automutiler.


Dans la majorité des cas, ces jeunes n’ont pas pu développer une sécurité de base à la suite d’une incapacité parentale à répondre adéquatement à leurs besoins, une incohérence du contexte de vie, et des exigences familiales ou personnelles trop élevés.

 


Les signaux d’alerte

 

  • Le jeune s’isole de plus en plus, se replie sur lui-même et peut abandonner des activités qu’il aimait auparavant.

  • La présence de coupures ou de brûlures sur différentes parties du corps : les bras, les jambes ou l’abdomen.

  • Le jeune porte des vêtements qui ne sont pas adaptés (longues manches lorsqu’il fait chaud par exemple) ; il évite les activités sportives ou la natation.

  • La découverte d’objets tranchants dans sa chambre, lames de rasoir, ciseaux, couteaux.

  • Il passe de plus longues périodes, seul dans la salle de bain, aux toilettes ou dans sa chambre.

 


Un appel à l’aide


Bien que l’automutilation soit avant tout un message, les adolescents qui s’adonnent à ce type de pratiques, demandent rarement de l’aide. Ce sont habituellement les parents inquiets qui se rendent en consultation. Dans un premier temps, une mise au point pédopsychiatrique va permettre d’exclure un processus psychopathologique qui nécessiterait un traitement spécifique et dont l’automutilation serait une conséquence secondaire qui pourrait disparaître une fois celui-ci traité, tels que des troubles obsessionnels compulsifs ou des troubles du contrôle des impulsions comme le syndrome de Gilles de la Tourette.


Si cette piste est écartée, l’automutilation pourra être perçue comme le symptôme d’un mal être plus général sur lequel un psychologue se penchera lors du suivi psychothérapeutique. Il est également important de garder à l’esprit qu’une composante addictive peut se développer suite à la répétition de ce comportement qui se veut très gratifiant pour le jeune. Ces éléments seront au cœur du traitement psychologique.




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Mélanie SAEREMANS

Psychologue – Psychothérapeute



Références :

https://www.ligneparents.com/LigneParents/Tous-les-themes/Sante-mentale/Automutilation

https://www.cheo.on.ca/en/resources-and-support/resources/P4926F.pdf