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Dans les pénitenciers nord-américains, les groupes criminels extrémistes comme l'Aryan Brotherhood of California ou les Aryan Circles, parviennent depuis de nombreuses années à contrôler extra-muros un certain nombre de trafics, dont la drogue, exercer des pressions et maintenir des contacts étroits avec d’autres gangs. Comment expliquer ce phénomène et quel est son ampleur ?


Après avoir évoqué les connections entre gangs criminels en prison et leur pendant dans le monde libre, puis leur naissance, leur développement et leur idéologie, nous visons dans ce troisième article leur fonctionnement, notamment à travers leur cohésion interne et leurs activités criminelles, ainsi que l’impact important des réseaux sociaux.

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Le rôle des réseaux sociaux sur les mouvements racistes


Depuis 2006 environ, les réseaux sociaux et les sites web ont envahi la toile de manière quasi exponentielle. Des centaines de ces réseaux ont été créés et utilisés par les associations suprématistes de race blanche. On pourrait penser que les gangs du crime organisé puissent, par souci de discrétion, avoir de l'aversion pour ces réseaux. Rien n'est plus faux. Les groupes criminels les utilisent abondamment pour communiquer, s'informer et maintenir la cohésion entre membres d'une association, mais aussi créer des liens avec d'autres associations extrémistes et même donner naissance à de nouveaux groupes.


Les membres du "White Knights of America", par exemple, un gang basé principalement au Texas et en Arizona, ont établi des connexions avec d'autres de suprématie blanche, mais ont même créé leur propre site internet, quelque peu différent des sites de néo-nazis, ou du Ku Klux Klan et autres.


Malgré le nombre croissant de tels sites et des liens établis entre eux, leur idéologie reste moins marquée que celle des autres groupes racistes. Leur objectif principal reste en effet le profit.


Une autre différence entre le gang de prison à suprématie blanche et les autres groupes racistes est l'utilisation de cette idéologie. Les gangs de prison constituent une forme de crime organisé et les groupes qui s'y livrent doivent s'ils veulent prospérer trouver un moyen de convaincre les membres de placer le bien-être du groupe au-dessus de celui de l'individu. Les liens familiaux, l'appartenance ethnique, l'appartenance à un groupe, la religion et l'appartenance à une sous-culture sont autant d'arguments que les divers gangs du crime organisé utilisent pour inculquer cette loyauté au groupe. On va jusqu'à parler de "notre famille blanche" et les membres sont encouragés à s'appeler "frères" entre eux (parfois "soeurs" là où il y a des femmes).

 

Des règles strictes pour assurer la cohésion interne


L'organisation des groupes suprémacistes varie en fonction des gangs et des prisons. La vie au sein du gang est très réglementée et il est impératif de respecter un certain nombre de règles et de grades. A titre d’exemple, l’Aryan Brotherhood of Texas est dirigée par un "conseil" de 5 "généraux", responsable chacun d’une région. Suivent ensuite des majors, capitaines, lieutenants et sergents. L'entrée dans le gang obéit au principe du « Blood in blood out » et il est nécessaire pour une recrue potentielle de faire ses preuves en assassinant ou en agressant quelqu'un.


Souvent alliée aux autres groupes suprématistes blancs comme le Ku Klux Klan et le Aryan Nations ou aux groupes de motards comme les Hells Angels ainsi qu’à la Mexican Mafia, l'Aryan Brotherhood par exemple, constitue un gang extrêmement violent dans les prisons américaines. Une fois libérés, ses membres doivent continuer à travailler pour leurs camarades restés derrière les barreaux.


Selon des rapports fédéraux, certains gangs suprématistes ont également des connexions étroites avec des organisations criminelles asiatiques spécialisées dans l’importation de l'héroïne de Thaïlande et avec des gangs mexicains qui gèrent le trafic de cocaïne. Mais l'Aryan Brotherhood est par contre l’ennemie jurée de la Black Guerrilla Family et de Nuestra Familia, gangs de prisons afro-américains et latinos.


Malgré les tatouages constitués de symboles nazis et celtiques qu'arborent ses membres, ces gangs ne se réclament pas de l'un ou l'autre mouvement politique à proprement parler. On note aussi des contradictions idéologiques flagrantes : tout en prônant la suprématie blanche, certains gangs n'hésitent plus à s'allier avec les mafias afro-américaines ou mexicaines pour le trafic de drogue notamment. Ces alliances font cependant l’objet de controverse au sein et entre les gangs.

 

Leurs activités criminelles dont certaines sont liées à l’idéologie


Les activités intra-muros de ces gangs sont nombreuses et variées : trafic de stupéfiants, contrebande d'alcool, rackets, prostitution homosexuelle et proxénétisme subséquent, attentats à la pudeur et viols dont sont victimes d'autres détenus. Toutes ces formes de criminalité sont souvent empreintes de violence, entre membres appartenant au même gang ou à des groupes rivaux. Cela peut aller jusqu'aux meurtres de membres ayant enfreint les règles en usage au sein du groupe ou soupçonnés d'être indicateurs des autorités policières ou pénitentiaires.


Egalement, certains actes criminels sont directement et spécifiquement liés à une idéologie d'appartenance à la race blanche. Dans une prison fédérale du Texas, un détenu a tenté d'étrangler un compagnon de cellule pour la seule raison que celui-ci était juif. Dans une prison de Géorgie, deux membres de culture idéologique aryenne ont été reconnus coupables de meurtre sur un autre membre du même groupe parce qu'il acceptait de partager sa cellule avec un individu de race noire.


A l'extérieur des prisons, des membres de ce genre de gangs se livrent à des activités délictueuses sous l'égide d'une organisation criminelle, mais aussi de leur propre initiative. Cela concerne toute la gamme de trafics (armes, drogues …), vols, escroqueries, actes de vengeance, violence et meurtres idéologiquement orientés sur des victimes afro-américaines, juives, hispaniques.



Notons quand même que phénomène des gangs n'est cependant pas propre aux Etats-Unis. Il est en pleine expansion en Amérique Latine, en Afrique du Sud, en Russie, en Turquie. ... Il existe aussi des gangs composés d'Afro-Américains dans les prisons aux Etats-Unis. Le cas des gangs de prisons appartenant à la suprématie blanche n'est qu'un phénomène parmi d'autres.


En Europe, à l'heure actuelle, le concept de suprématie blanche dans les prisons n'a pas encore émergé ; il existe bien des organisations criminelles actives en milieu carcéral, en relation avec les mafias à l'extérieur mais l'appartenance raciale ou ethnique n'y joue aucun rôle. La mafia russe constitue néanmoins une menace comme nous l’avons décrit précédemment.




Articles précédents :

Les gangs suprémacistes dans les prisons aux Etats-Unis : quelle ampleur ?

L’expansion des gangs suprémacistes dans les prisons US




Jean-Paul Wuyts
Licencié en psychologie et criminologie
Commissaire divisionnaire er

Lire aussi :

Les gangs américains et leurs activités criminelles

Quelles menaces représentent les principaux gangs américains ?

Où les gangs américains recrutent-ils ?

L’organisation policière aux États-Unis : les polices locales et des comtés

États-Unis : les polices d’État et les services fédéraux




Sources :

White Supremacist Prison Gangs in the United States, A preliminary inventory, ADL, 2016


L’actualité du Crime organisé et des Trafics illicites, CrimOrg.com 


Aryan Brotherhood, Wikipedia
 

Aryan Prison Gangs, A violent movement spreads from the prisons to the streets, Intelligence Report, 2013