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La vie d’un policier, pompier, secouriste est jalonnée d’incidents graves, notamment dans leur impact psychologique sur l’intervenant. Distinguer la prise en charge de personnels choqués mais non-traumatisés de celle destinée à des professionnels traumatisés est fondamentale. 


 

Chocs émotionnels : les signes


Les chocs émotionnels sont divers par leur nature et leurs conséquences. Certains induisent un état de dépression, d’autres un état de stress post-traumatique, les troisièmes à une déstabilisation « négligeable » de l’équilibre psychique. Tout est question de personnalité (de résilience), d’expériences passées, de dynamique lors de l’incident, de la nature de celui-ci, etc.



Lorsque le choc émotionnel est « dépressogène », les signes les plus courants de son installation sont des manifestations de chagrin, de tristesse, de déprime, de deuil, d’abattement, de bouleversement, de colère. La personne se sent impuissante, désemparée, parfois coupable, souvent encline à s’identifier aux proches de la victime. Être attentif à ces signes permet de mettre en place au plus vite une prise en charge adéquate sur laquelle nous reviendrons.



Les chocs sont potentiellement « traumatogènes » quand la personne est confrontée à une situation soudaine, violente, imprévisible et exceptionnelle, lorsqu’elle doit courir pour survivre ou se sent menacée de mort. On ne parle plus ici de dépression mais de traumatisme que l’on peut définir comme un violent choc émotionnel provoquant chez le sujet un ébranlement durable.

C’est dans ce cas l’effroi, l’anxiété, la sidération psychique qui risquent de s’inviter au chevet de l’intervenant, qu’il soit pompier, policier, secouriste. Hyper-vigilance, hyperactivation, voire perte de la vision périphérique, les manifestations somatiques d’une mise en alerte maximale sont symptomatiques d’un traumatisme en germe.


Fondamentalement, le traumatisme peut ensuite générer une rupture de la victime avec son image du monde, ses croyances, un effondrement de la sécurité, du contrôle, de l’autonomie, voire du sens. L’équilibre psychique est véritablement en péril.

 


Prise en charge de l’intervenant choqué non-traumatisé


Prendre en charge, c’est surtout « prendre la charge » émotionnelle qui déstabilise l’équilibre psychologique de l’intervenant, le délester de ce poids. L’aider à surmonter les émotions négatives telles que la culpabilité, la honte, etc. En cas de non prise en charge, le risque de chronification du traumatisme psychologique est bien réel. Cette chronification se traduira par des symptômes de reviviscence, d’évitement, de déni, de déprime et d’altération des croyances de base concernant la vie et le monde. Une situation choquante peut en effet avoir une influence durable sur la vie d’un intervenant. Ainsi, la prise en charge est primordiale mais elle diffère selon la nature du choc.


La prise en charge suite à un choc émotionnel cherche à rencontrer sans attendre la personne. Il est plus bénéfique dans des situations potentiellement choquantes mais non traumatisantes d’intervenir au plus tôt. Cette prise en charge invitera la victime à parler, à déposer souvenirs et émotions, sans l’amener non plus à ressasser éternellement les événements. Il faut trouver le juste milieu qui soulagera l’intervenant victime sans l’enfermer dans un récit qui tournerait en boucle.

 

 

Prise en charge de l’intervenant traumatisé


La prise en charge préconisée suite à un choc potentiellement traumatogène diffère en ce qu’elle vise un état spécifique généré par un événement traumatisant. Nous en avons vu les signes. Il ne s’agit donc pas ici de proposer une « prise en charge standard pour professionnels choqués ».


Le trauma fait toute la différence. Passé un temps éventuel de rétablissement physique, voici quelques pistes à suivre :

  • principes « IPASU » de la prise en charge : Immédiateté, Proximité (prise en charge entre le lieu du trauma et le lieu de communauté professionnelle, d’appartenance, de réseau), Attentes (réactions auxquelles on peut s’attendre), Simplicité dans l’approche et Unité (un seul référent dans la prise en charge).

  • répéter les temps de prise en charge

  • privilégier une prise en charge individuelle, du moins dans un premier temps

  • éviter la reconfrontation rapide avec l’événement choquant

  • préférer écouter le vécu à leur rythme

  • tranquillisation de la victime pour favoriser la redécouverte de sa sécurité

  • reconstruction des souvenirs

Il s’agit aussi de se soucier des autres intervenants, victimes potentielles impliquées indirectement dans l’incident, qu’il soit dépressogène ou traumatogène.

 

 
A qui s’adresser ?


Les « Fire Stress Team » chez les pompiers ou autres cellules d’appui psychologique aux intervenants policiers, secouristes, ont cet avantage de proposer une assistance « aux pairs par les pairs ». Ce sont donc des collègues qui interviennent en première ligne et qui ont été formés dans les instituts provinciaux de formation pour les pompiers, les ambulanciers et les policiers.

Cette ligne, expérimentée mais non-professionnelle, cherche à répondre aux besoins de base et aux problèmes concrets du collègue en difficulté, avant de passer le cas échéant la main à la ligne professionnelle. Dûment formés, ils sont aptes à intervenir vite et bien et à orienter au besoin.




Pour aller plus loin : Le débriefing psychologique est-il dangereux ?

 

 

Erik DE SOIR

Major, Docteur en psychologie et Docteur en sciences sociales et militaires

Coordinateur de la recherche scientifique et technologique, IRSD

Spécialisé dans l'étude de la gestion des catastrophes, thérapeute du trauma au sein du centre de traitement De Weg Wijzer (www.dewegwijzer.org )