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Depuis plus d’une trentaine d’années, au débat sur l’insécurité s’est ajouté celui sur le sentiment d’insécurité. Mais que sait-on de ce sentiment d’insécurité ? Quels facteurs l’influencent-ils ?

 

 

Comment définir le sentiment d’insécurité ?


Il convient préalablement de différencier l’insécurité objective qui correspond notamment aux statistiques de la criminalité, de l’insécurité subjective, autrement dit du sentiment d’insécurité qui relève de la perception et de l’influence de celle-ci sur l’individu.    


Communément, il est considéré que le sentiment d’insécurité prend la forme d’une angoisse basée sur la peur d’être victime d’un crime et des auteurs du crime.

 


Une dimension multifacettes


Nombreux sont les chercheurs qui conviennent que ce sentiment d’insécurité est multifacettes. A la peur pour soi, la peur pour son entourage, la peur de l’environnement et celle de ne pas pouvoir résister à un acte délinquant seraient également prégnantes. 


Pour certains, ce sentiment d’insécurité proviendrait surtout de la conjugaison d’un environnement que l’on craint et de la persuasion que l’on a de ne pas pouvoir contrôler la situation. Il semble notamment que l’on est plus souvent inquiet dans les transports en commun que dans son quartier ou chez soi.


Enfin, la violence que l’on craint peut être ressentie comme lointaine (la victime est un inconnu) ou proche (elle vise un parent ou une relation proche), physique ou matérielle (subir un vol). 



Les facteurs


Il existe communément une certaine tendance à associer les taux de criminalité avec le sentiment d’insécurité. Or, il n’a pas été établi de corrélation forte entre ces deux variables, autrement dit le sentiment d’insécurité varie de façon plus ou moins indépendante des taux de criminalité (Brodeur, 1993). Cela s’explique probablement par le fait que les individus ont tendance à reconstruire la réalité sociale selon leurs savoirs, croyances et histoires de vie, ce qui les amène à disposer d’une représentation personnelle de l’insécurité.


Pas mal de chercheurs considèrent que le sentiment d’insécurité se nourrit d’un ensemble d’éléments qui le favorisent, parfois dans des domaines éloignés des questions de criminalité. Il s’agit notamment de :

  • La situation au niveau macrosociologique et économique : taux de chômage, tensions sociopolitiques, etc. ;

  • Les incivilités (tags, vandalisme, harcèlement de rue, consommation en groupe de stupéfiants, dégradations, etc.) qui font perdre confiance et qui conduisent à un désinvestissement psychologique dans le quartier. Ceci se réfère à la théorie de « la vitre brisée » mise en évidence par Wilson et Kelling ;

  • Sur le plan de l’expérience personnelle, le fait d’avoir été plusieurs fois victime de délits ;

  • L’importance des « faits-divers » dans les médias et leur traitement ;

  • L’urbanisation : certaines initiatives urbanistiques contribuent à diminuer les interactions sociales ce qui provoque un isolement et une anonymisation favorisant la peur ;

  • La vulnérabilité personnelle (âge des personnes, sexe des personnes, la situation sociale) ;

  • Le fait d’habiter un quartier dit populaire.

Indiquons que ces facteurs n’impliquent pas de manière mécanique l’augmentation d’un sentiment d’insécurité et qu’ils doivent souvent être combinés entre eux pour qu’un tel effet se produise (ex : vulnérabilité personnelle et trajet en transport en commun dans certains quartiers). 



Comment mesurer le sentiment d’insécurité


Il s’avère complexe de mesurer le sentiment d’insécurité et pas mal de controverses entourent cette question, surtout dans le choix des indicateurs.


Sans entrer dans ces débats, on notera que la mesure se fait habituellement par sondage. Cela nous invite à consulter le dernier Moniteur de sécurité millésimé 2018 qui nous apprend que, de manière générale, 75% des citoyens ne se sentent que rarement ou jamais en insécurité dans leur quartier et que le sentiment d’insécurité diminue depuis l’année 2000.



Conclusion


On aura compris que le sentiment d'insécurité se construit moins à partir de faits qu’à partir de représentations qui mettent en œuvre des facteurs psychosociaux.

Par ailleurs, tant la manière de l’appréhender que l’identification de facteurs qui y contribuent posent pas mal de difficultés.


Néanmoins, deux éléments semblent ressortir, avec une certaine unanimité, de nombreux travaux. D’abord, plus les relations interpersonnelles sont pauvres chez un individu et plus son inquiétude est marquée. Ensuite, plus les incivilités sont nombreuses et plus le sentiment d'insécurité augmente.


Il apparaît donc que, si certaines stratégies policières - ex : patrouilles pédestres - peuvent avoir un effet sur le sentiment d’insécurité selon la manière dont elles sont mises en œuvre, elles sont toutefois insuffisantes en elles-mêmes. Il convient d’agir dans d’autres registres sociaux, urbanistiques, etc. 




Lire aussi :

Comprendre le sentiment d’insécurité contribue à une police de proximité

Le sentiment d'insécurité et la victimation réelle des personnes âgées

Quel tissu urbain pour réduire les risques de délinquance et sentiment d’insécurité ?



 

Claude BOTTAMEDI

Chef de corps d'une zone de police er

 

 

Pour en savoir plus :


Brodeur, J.-P., 1993,  La peur de la peur, International Review of Community Development / Revue internationale d’action communautaire, (30), 19–27. 


Philippe Robert et Renée Zauberman, Le sentiment d'insécurité et les politiques de sécurité, Terra Nova, 2018, sur

 

Skogan, Wesley, 1990, Disorder and Decline, New York, The Free Press.