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Parmi l’avalanche d’informations qui nous ensevelit chaque jour, il est de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux. Comment repérer les théories du complot et expliquer leur succès ? Que répondre à une personne qui y croit ?



La peur engendrée par la COVID-19 a en effet contribué à rendre l’année 2020 particulièrement fertile en fausses nouvelles de tous genres. En propageant de la méfiance vis-à-vis des informations scientifiques et médicales, en semant le doute sur les institutions, en alimentant la violence extrémiste, les théories du complot peuvent s’avérer particulièrement nuisibles.


Cet article s’attachera à identifier les caractéristiques qui les distinguent d’une simple fake news. Il cherchera ensuite à en comprendre la cause et le succès. Il fournira enfin quelques conseils pour s’en prémunir.




Comment repérer une théorie du complot ?


Les théories du complot sont reconnues comme des croyances autour de caractéristiques communes :

  • Elles font toutes référence à une machination secrète mise en place par une organisation occulte… tellement secrète qu’aucune preuve tangible n’existe. Elles sont donc impossibles à réfuter et ceux qui les nient sont perçus comme naïfs.

  • De nombreuses preuves sont pourtant présentées pour soutenir la théorie. Il s’agit généralement d’une accumulation de petits détails, appelés un mille-feuille argumentatif, qu’il est difficile de démonter car il faut réfuter chaque argument un à un.

  • L’idée de coïncidence ou de hasard est étrangère aux théories du complot. Rien n’arrive par accident. S’il y a un tremblement de terre, par exemple, c’est à cause d’une nouvelle arme secrète.

  • Elles présentent un monde manichéen où les bons sont manipulés par les méchants.

  • Elles s’opposent aux versions officielles diffusées par les référents scientifiques, les gouvernements, les autorités ou les médias. Elles partent du principe que la déclaration officielle masque la vérité pour cacher des intentions nuisibles.

  • Elles dénoncent une manipulation de l’actualité à la limite de la paranoïa : le monde est dirigé par une organisation secrète qui conspire pour ses propres intérêts.



Qui propage ces croyances ?


Certaines théories du complot partent de manœuvres intentionnelles pour déstabiliser un gouvernement et générer des changements politiques. Le Service européen d’action extérieure de l’Union européenne (SEAE) a ainsi identifié 152 fake news sur les trois premiers mois de 2020, dont des théories du complot colportant par exemple l’idée que le coronavirus a été inventé pour affaiblir l’économie chinoise ou qu’il s’agit d’une arme biologique créée par les Américains. La propagation de telles idées vise principalement à déstabiliser l’opinion publique et à décrédibiliser les politiques en place.


D’autres cherchent à encourager la xénophobie, la haine et le rejet. Elles peuvent également poursuivre des profits financiers.


Mais chacune de ces théories ne peut exister que parce qu’elle est relayée par le grand public. La question est donc de comprendre pourquoi une idée fausse, parfois même farfelue, peut rencontrer un tel succès.

 

 


Pourquoi un tel succès auprès du public ?


Si ces croyances irrationnelles connaissent un tel succès, c’est parce qu’elles répondent à trois besoins naturels chez l’être humain : la compréhension, le contrôle et l’appartenance.


En apportant une cause à un phénomène qui n’en a pas, la théorie du complot permet de rassurer, de comprendre l’incompréhensible. Croire que la Covid-19 est un simple rhume dont les conséquences ont été exagérées dans le but de supprimer notre liberté ou de faire du profit est un raisonnement qui fournit une explication logique à un phénomène dont les raisons sont complexes et mal connues. Dans ce cas-ci, les désaccords entre experts ont renforcé cet état d’incertitude. Créer une explication, même irrationnelle, supprime l’incertitude et la tension qui en découle.


Rejeter le hasard, refuser les coïncidences, permet de garder la maîtrise d’une situation. Croire à un phénomène intentionnel est plus facile que d’accepter son caractère accidentel. Même s’il s’agit une fois encore d’un leurre, l’illusion de contrôle nous aide à faire face parce qu’il nous fait croire que nous pouvons empêcher le désastre.


Il y a beaucoup de méfiance vis-à-vis de certains groupes conventionnels représentant l’autorité ou l’expertise : les gouvernements, les firmes pharmaceutiques, les autorités médicales, la presse, etc. En adhérant à une théorie du complot, on adhère également à un groupe d’exclus dont la voix est systématiquement brimée face à une autorité manipulatrice. Cette adhésion joue un rôle important dans notre besoin d’appartenance. Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène.




Première précaution : vérifier l’information avant de la diffuser


Ceci est vrai pour toute information destinée à être partagée. Ces règles basiques paraissent évidentes, mais, dans la pratique, elles ne sont pas toujours aisées à réaliser :  



Vérifiez si l’auteur est reconnu et fait autorité en la matière

Méfiez-vous d’emblée d’une théorie répandue par un expert autoproclamé, sans lien avec les institutions réputées. Surtout si cette théorie s’oppose à celles circulant dans les milieux d’experts reconnus.



Evaluez la source

Ne diffusez jamais une information lorsque sa source n’apparaît pas clairement. Vérifiez qu’elle est bien relayée par des sites indépendants et soutenue par des scientifiques.



Inspectez le style avec lequel est écrit l’article

Si l’auteur présente sa vérité comme étant la seule acceptable, s’il soulève un ensemble de  questions sans jamais y répondre, s’il est subjectif ou s’appuie sur des anecdotes, ne relayez pas son discours. Et s’il s’avère ouvertement insultant ou dégradant, n’hésitez pas à le signaler aux modérateurs du réseau social.

Préférez les articles factuels, au ton objectif, dont l’auteur admet les limites de ses connaissances.



Réfléchissez à vos propres limites

Eviter de tomber dans le piège des théories du complot, c’est aussi se poser des questions sur ce qui nous pousse à faire confiance à ce que l’on croit. C’est s’interroger sur ses propres préjugés, sur ses doutes, ses craintes, ses frustrations. C’est également se demander comment nous choisissons nos sources d’information.


Bien s’informer est aussi difficile que crucial. Une théorie du complot peut être intentionnellement lancée pour déstabiliser un gouvernement, mais il faut également discerner ceux qui crient à la théorie du complot pour décrédibiliser des accusations allant à l’encontre de leurs opinions.


Développer son esprit critique dès le plus jeune âge est certainement la première des recommandations à suivre.

 


Comment réagir face à une personne qui diffuse une théorie du complot ?


Il est très difficile de convaincre des personnes qui y croient. Semer le doute dans leurs arguments et les inciter à réfléchir de manière plus factuelle peut être un bon départ.


Voici quelques bonnes pratiques qui peuvent vous aider :

  • Restez empathiques et reconnaissez la dimension émotionnelle de la croyance. L’adhésion à une théorie du complot est souvent motivée par de l’indignation, de la déception, du ressentiment, qui reposent sur de bonnes raisons.

  • Etablissez un terrain d’entente : de nombreuses théories du complot reposent sur la crainte que suscite le manque de transparence politique, le pouvoir financier ou la surveillance de masse. On peut reconnaître ces préoccupations sans nécessairement tomber dans le complot.

  • Documentez-vous pour pouvoir poser les bonnes questions, celles qui encouragent les attitudes rationnelles de réflexion.

  • Les croyances reposent très souvent sur des faits concrets crédibles pour déraper ensuite vers une conclusion fantastique. Il faut donc se concentrer sur l’endroit où les faits crédibles débouchent sur une conclusion qui ne l’est plus.

  • Restez dans le factuel et la logique.

  • Ne tournez jamais personne en ridicule : vous rompriez le dialogue.



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Michèle ORBAN

Consultante et formatrice en veille informationnelle

 


Source :
https://ec.europa.eu/info/live-work-travel-eu/coronavirus-response/fighting-disinformation/identifying-conspiracy-theories_fr