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L’alcool altère, même en faible quantité, les capacités de conduite automobile, et est une cause relativement fréquente d’accidents. Des mesures législatives, répressives et préventives permettent-elles de réduire effectivement cette source d’insécurité routière ?

 


Selon la dernière mesure de conduite sous l’influence d’alcool réalisée en Belgique, près de 2% des conducteurs contrôlés en 2018 sur l’ensemble du territoire roulaient avec une concentration d’alcool égale ou supérieure à la limite légale (à savoir 0,22mg par litre d’air alvéolaire expiré).


La conduite en état d’imprégnation alcoolique peut s’expliquer par différents facteurs dont l’influence varie en fonction des personnes et des contextes : mauvaise connaissance ou faible perception des risques, pression sociale à boire ou à reprendre le volant, manque d’organisation/anticipation, inclinaison à prendre des risques, alcoolo-dépendance, faible activité ou faible visibilité policière, faible couverture médiatique de la problématique, hyper-accessibilité des boissons alcoolisées, faible offre de transports en commun ou de transports alternatifs en soirée/nuit, etc.


La prise en compte de l’ensemble de ces facteurs est nécessaire à la mise en place d’une politique cohérente et efficace en matière de sécurité routière.

 

 

Le cadre législatif, ciment d’une politique efficace pour la sécurité routière



Selon les recommandations en vigueur, il faut privilégier un seuil de tolérance bas en matière de conduite sous influence d’alcool (0,09mg/litre d’air alvéolaire expiré, à savoir le seuil actuellement d’application en Belgique). Une tolérance zéro pour les conducteurs peu expérimentés ainsi que pour les conducteurs professionnels peut également être bénéfique.


Pour que ces limites soient respectées, il est nécessaire de prévoir une répression effective, articulée autour de contrôles réguliers et de sanctions dissuasives et proportionnelles à la gravité de l’infraction. Il est recommandé d’effectuer à la fois des contrôles aléatoires et des contrôles a-sélectif (sans filtration préalable), et de systématiser les contrôles lors d’accidents avec dommages corporels.


Les contrôles gagnent aussi à être bien visibles et à bénéficier d’une communication régulière dans la presse, afin d’augmenter le risque perçu d’être contrôlé.


Enfin, il est préférable de réduire autant que possible le délai entre l’infraction et la sanction afin de maximiser l’effet dissuasif de la sanction. Cette stratégie est plus efficace que celle qui consiste à augmenter la sévérité de la sanction.


Le cadre législatif peut aussi porter sur des mesures préventives : imposer l’accessibilité à l’eau gratuite dans l’horeca ; interdire la vente de boissons alcoolisées au-delà d’une certaine heure ou sur les aires d’autoroutes …

 

 

Inscrire les campagnes de sensibilisation dans une stratégie globale



Les campagnes de sensibilisation grand public visent à augmenter la perception des risques socio-sanitaires (risque pour soi et pour autrui) et des risques légaux ou de contrôle. Leur objectif est de lutter contre la banalisation des comportements de conduite sous influence et favoriser leur désapprobation sociale.


Pour être efficace, ces campagnes doivent s’inscrire dans une stratégie globale (sensibilisation/contrôle/répression). Ainsi, une campagne dont le message met l’accent sur les activités de contrôle de la conduite sous influence et/ou sur les risques légaux sera plus efficace si le risque de contrôle est effectivement perçu comme étant élevé en raison de contrôles renforcés.



 

Quid de l’efficacité des actions BOB ?



Les programmes de désignation d’un conducteur sobre encouragent les groupes de consommateurs à désigner une personne chargée de rester sobre et de véhiculer les autres membres du groupe (le fameux "Bob"). Ils visent à rappeler que consommation de boissons alcoolisées et conduite automobile ne sont pas conciliables, à renforcer le contrôle social et la désapprobation sociale envers les conducteurs qui boivent, et à valoriser la sobriété chez les conducteurs qui font la fête.


Ces programmes permettent de sensibiliser les conducteurs, mais leur impact sur la conduite sous influence et sur les accidents de la route liés à l’alcool est très limité, d’une part parce que l’effet positif a tendance à disparaître rapidement lorsque les récompenses et l’encadrement ne sont plus proposés, et d’autre part parce que la manière dont le programme est parfois réapproprié par le public consiste à sélectionner a posteriori le conducteur en désignant la personne la moins alcoolisée.


Leur efficacité est améliorée lorsque le personnel du lieu de consommation est impliqué (e.g. éviter de servir des boissons alcoolisées à un « Bob » porteur d’un bracelet l’identifiant comme tel) et lorsque des récompenses satisfaisantes sont proposées pour motiver les conducteurs à rester sobre (e.g. softs gratuits).

 

 

Responsible Young Drivers et la prévention par les pairs



La prévention par les pairs est une stratégie qui consiste à mobiliser des personnes qui partagent les mêmes caractéristiques que le groupe cible (i.e. personne consommatrice, ayant approximativement le même âge et partageant généralement les mêmes codes culturels). Cette stratégie, fréquente en milieu festif, permet de faciliter l’entrée en contact avec le public et d’augmenter la légitimité perçue de l’intervention.


Pour être efficace, l’intervention doit être menée de manière régulière en référence à des objectifs à long terme et en s’inscrivant dans une approche globale de promotion de la santé (les changements d’attitudes, de connaissances et de comportements visés au niveau individuel doivent être considérés comme un axe stratégique parmi d’autres).


Les pairs doivent être recrutés directement au niveau du public ciblé par l’intervention. Ils doivent être spontanément identifiés comme des pairs par le public cible, et doivent être perçus comme des experts des matières abordées. Les interventions de prévention par les pairs les plus connues sur la thématique de la conduite sous influence sont celles menées par les Responsible Young Drivers.

 

 

Dans un article à suivre, nous aborderons d’autres bonnes pratiques qui permettent de réduire la problématique de l’alcool au volant : réduire ou encadrer l’accès aux boissons alcoolisées, l’offre de transports à moindre risque et la sensibilisation sélective.  

 

 

Michaël HOGGE

Docteur en sciences psychologiques

Chargé de projets scientifiques
Eurotox asbl – Observatoire Alcool-drogues en Wallonie et à Bruxelles



http://www.eurotox.org/