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Depuis plusieurs années, l’engouement des adolescents pour les smartphones inquiète les parents : ils ne savent plus comment poser des limites à des jeunes qui ne semblent pas prêts à accepter de se déconnecter. Est-ce possible d’être addict à son smartphone et que faire pour limiter son utilisation auprès des jeunes ?




L’utilisation du smartphone chez les jeunes : quelle est la réalité ?

 
En 2016, une étude belge menée par l’asbl Re-Form et L’ULB révélait que 95.6% des jeunes âgés de 12 à 18 ans possèdent un smartphone en Fédération Wallonie-Bruxelles et qu’un peu moins de la moitié en serait accro. Un pic apparait dans la classe d’âge des 14-16 ans. Cette étude démontre que nos jeunes peuvent passer de nombreuses heures derrière leur smartphone, une moyenne de 3h45 par jour de semaine et 4h20 par jour le weekend, avec une préférence pour Facebook, Instagram, Youtube et Snapchat.


Même constat en Flandre où une étude menée par l’UGent en 2016 montre que 92% des jeunes âgés de 12 à 18 ans et 41% des enfants âgés de 9 à 12 ans possèdent un smartphone. Parmi les jeunes interrogés, 31.5% éprouvent des difficultés à être déconnectés, 22.4% admettent qu’ils délaissent leurs devoirs scolaires et 25% révèlent que leurs activités sur le smartphone perturbent leur sommeil.


L’engouement pour ce petit objet débute très tôt : une étude américaine de Common Sense Média en 2017 montre que 45% des bébés de moins de 2 ans parviennent déjà à utiliser un smartphone contre 10% en 2011.



Même si ce trouble n’est pas reconnu comme une réelle addiction, les dangers liés à une utilisation envahissante des smartphones restent quant à eux bien réels : baisse d’intérêt pour d’autres activités de loisir, manque de sommeil, trouble de la concentration, chute des résultats scolaires, conflits avec les parents… Autant de conséquences qui peuvent impacter à plus long terme la vie du jeune.



L’addiction au smartphone existe-t-elle ?


Actuellement l’utilisation du terme addiction est galvaudée par les médias : addiction au smartphone, aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux, à netflix, au sport, au travail, etc. Depuis l’apparition des addictions comportementales, il y a une vingtaine d’années, la moindre activité de notre quotidien peut être considérée dans le langage courant comme une addiction. Attention cependant à ne pas pathologiser trop vite nos habitudes, nos préférences, voire nos passions !


En effet, peu de conduites sont reconnues par la communauté médicale et scientifique comme de réelles addictions sans substance. C’est seulement en 2013 que le trouble lié au jeu de hasard et d’argent glisse dans la catégorie des addictions et en 2018 que le trouble lié aux jeux vidéo est reconnu par l’organisation mondiale de la santé.


Il est important de noter que ce trouble est lié uniquement aux jeux vidéo et non aux réseaux sociaux ou autres activités sur internet. Il se définit comme un comportement lié à la pratique des jeux vidéo, qui se caractérise par une perte de contrôle, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prend le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit des conséquences négatives sur les différents domaines de la vie de la personne.


Pour que ce trouble soit diagnostiqué, le comportement doit être d’une sévérité suffisante pour entrainer une altération non négligeable des activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ou d’autres domaines importants du fonctionnement et se manifester sur une période de minimum 12 mois. L’addiction au smartphone n’est donc pas un diagnostic qui peut actuellement être posé.

 


Qu’est-ce que la nomophobie et la F.O.M.O (Fear of missing out) ?


Ici encore, il ne s’agit nullement de diagnostics utilisés par les professionnels de la santé. La nomophobie est un néologisme tiré de l’expression anglaise « no mobile-phone phobia » qui désigne la peur excessive que peut ressentir une personne à être séparée ne serait-ce qu’un instant de son téléphone portable. La F.O.M.O ou la peur de rater une information, un message, ou encore une notification provoque quant à elle des réactions anxieuses et du stress.




Pourquoi l’ado ressent-il le besoin d’être hyper connecté ?


Il est important de comprendre quelle fonction occupe le smartphone dans la construction psychique de l’enfant dans nos sociétés modernes et hyper connectées. Ceci peut nous aider à ne pas diaboliser cette activité, ce qui aurait pour seule conséquence de creuser un fossé entre le parent et le jeune.


En effet, le smartphone est un outil d’information et d’expression pour le jeune mais sa fonction principale est qu’il propose l’opportunité d’un espace de construction identitaire. Durant cette période charnière de l’adolescence, les jeunes cherchent activement des repères en dehors de leur univers familial. Le smartphone est un outil de choix car il permet de se projeter dans un autre espace, un autre temps.


On comprend dès lors mieux pourquoi priver un ado de son smartphone revient à lui arracher une partie de lui-même car il se trouve privé de cette possibilité de connexion avec ses pairs et de toutes ces stimulations et informations qui le poussent à s’émanciper et à se forger une opinion et une identité propre. S’il n’a plus cette possibilité, il ne se trouve confronté qu’à la seule influence du système familial et cela l’enferme dans une position infantile dont il tente de se détacher à tout prix.


A cet âge, les jeunes recherchent également une valorisation et une reconnaissance de leurs pairs qu’ils peuvent obtenir via les réseaux sociaux ou d’autres activités sur leur smartphone.

 
 

Prochain article : Mon ado est accro au smartphone, que faire ?

 

 

Mélanie SAEREMANS

Psychologue – Psychothérapeute



Sources :

Trouble du jeu video, Organisation Mondiale de la Santé

Enquête sur l’usage du smartphone auprès de 1.589 jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles

Medias use by kids age zero to eight, Common Sense Média

Onderzoeksrapport Apestaartjaren