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Peut-on envisager de créer des salles de consommation à moindre risque pour les usagers de drogues dures en Belgique ? De quoi s’agit-il, quels en seraient les objectifs et quelles recommandations pratiques pour la mise en œuvre efficace de tels espaces ? Une synthèse de l’étude de faisabilité Drugroom parue début 2018.



En février 2018, le gouvernement fédéral communiquait les résultats de l’étude «Drugroom» portant sur la faisabilité de salles de consommation à moindre risque (SCMR) en Belgique. Cette recherche, sans se prononcer sur le besoin de SCMR en Belgique, fournit des recommandations pratiques dans l’hypothèse où des acteurs souhaiteraient aller de l’avant dans le cadre d’une telle démarche.




Les SCMR : de quoi parle-t-on ?

 

La réduction des risques

Les SCMR constituent une des stratégies de réduction des risques. Cette démarche de santé publique vise à prévenir les dommages liés à l’utilisation de drogues, plutôt que de tenter uniquement d’éradiquer l’usage.

 

Des espaces spécifiques


Les SCMR sont des espaces spécifiques dans lesquels les usagers de drogues sont autorisés à consommer dans des conditions d’hygiène optimales, sous la surveillance d’un personnel qualifié et dans un environnement de « non-jugement ».

Elles mettent à disposition des usagers de drogues : du matériel stérile d’injection, des conseils pendant et après la consommation, une réorientation vers divers services d’aide, des soins médicaux primaires ainsi que des soins d’urgence le cas échéant.


Les SCMR constituent un service hautement spécialisé intégré dans un réseau plus vaste de services destinés aux usagers de drogues. Elles permettent d’établir un contact avec les usagers de drogues les plus difficiles à atteindre, surtout les plus marginalisés, et de promouvoir l’accès de ceux-ci à des soins de santé primaires et à d’autres services dont ils ont besoin.

 

Les SCMR poursuivent plusieurs objectifs 

  • Améliorer l’accès aux services socio-sanitaires et thérapeutiques pour les usagers de drogues les plus vulnérables : accès aux dépistages, traitements de substitution,… ;

  • Réduire les nuisances associées à l’usage de drogues dans les lieux publics : diminuer la visibilité de l’usage, la criminalité et le nombre de seringues usagées sur la voie publique ;

  • Informer sur les dangers liés à l’usage de drogues, les pratiques à moindre risque,…;

  • Diminuer les problèmes de santé et les coûts des services liés à la consommation de drogues : coûts des traitements pour maladie chronique, de recours à des services d’urgence,… ;

 


Les recommandations pratiques faites par l’étude «DRUGROOM» 



Les conditions préalables essentielles à remplir 


Etablir un cadre juridique clair qui minimise les risques de responsabilité (civile et pénale) des différents acteurs et qui protège le personnel, les usagers et les autorités locales ;

Obtenir un support politique suffisant, auprès des différents niveaux de pouvoir, ainsi qu’un financement adéquat ;



Que doit-on prendre en compte ?

L’objectif : améliorer la santé et la sécurité des usagers de drogues, réduire les nuisances et intégrer le dispositif à une stratégie locale, régionale et nationale intégrale de la problématique-drogues


Etablir des protocoles de coopération avec la police locale et le secteur judiciaire


Définir le groupe-cible d’utilisateurs et les critères d’admission ; le groupe-cible doit inclure les usagers à haut risque et les usagers difficiles à atteindre. Prévoir des procédures garantissant l’anonymat et la confidentialité des données recueillies lors de l’enregistrement des utilisateurs ;


Choisir une localisation facilement accessible pour les usagers, et pas nécessairement un lieu (dé)centralisé :


Adapter la capacité d’accueil et les heures d’ouverture aux besoins locaux. Intégrer le dispositif à un continuum de services déjà existants pour usagers de drogues ;


Prévoir une équipe de personnel multidisciplinaire, au minimum composée d’infirmiers et de travailleurs sociaux ;


Etablir des règles de fonctionnement précises, incluant notamment le renvoi des usagers vers d’autres services, la gestion des incidents, les droits et responsabilités de chacun,…;


Rédiger un règlement d’ordre intérieur relatif à la conduite attendue des usagers ;



Comment organiser la mise en place ?

Superviser la mise en œuvre par le biais d’un comité de pilotage rassemblant tous les acteurs concernés ;

Recueillir le point de vue des usagers afin d’assurer l’attractivité du dispositif :

Communiquer ouvertement avec la population, principalement le voisinage direct, pour diminuer les résistances :

Assurer un lien permanent avec tous les acteurs locaux impliqués, au-delà de la mise en place du dispositif ;

 

Prévoir un processus d’évaluation rigoureux avant le démarrage


Depuis la publication de cette étude de faisabilité, le débat sur la mise en œuvre de SCMR en Belgique s’est intensifié. Toutefois, sans modification du cadre juridique actuel, la mise à disposition d’un local qui facilite ou incite la consommation de drogues illégales reste passible de poursuites pénales.

 

 

Delphine Charlot

Licenciée en criminologie

Direction Prévention et Sécurité, Ville de Charleroi

 

 

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Sources :

Salles de consommation à moindres risques – note de synthèse, Cellule Générale de Politique Drogues, Octobre 2016

Etude de faisabilité de salles de consommation à moindre risque en Belgique – Résumé exécutif, Belspo, 2018