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L’examen du réseau des espaces publics permet de comprendre la fréquentation des lieux et ses multiples variations. La densité et la temporalité de cette fréquentation ont un impact significatif sur la sécurité et le sentiment de sécurité.




Le tissu urbain désigne l’organisation complexe des espaces bâtis et non bâtis accueillant les activités qui constituent les villes. Plus précisément, son armature qui est le réseau des espaces publics, le plan de la ville, répartit et dessert les parcelles sur lesquelles trouvent place les bâtiments, les jardins et les cours qui accueillent les activités et les usages de leurs occupants.




Entre l’anonymat du centre et l’interconnaissance entre voisins



La concentration d’activités dans les centres des villes attire de nombreux usagers qui y cohabitent et s’y côtoient sans, a priori, se connaître si l’on fait bien sûr exception des personnes qui s’y rendent ensemble. Cela donne une ambiance sociale positivement anonyme bien différente de celle du quartier que l’on habite et dont on connaît, a priori toujours et à des degrés divers, plusieurs de ses voisins.


Les formes de délinquance ainsi que leurs modes de prévention et de gestion seront dès lors fonction de ces différentes ambiances. Ainsi, par exemple, l’animation des rez-de-chaussée et l’importance de la fréquentation piétonne dans les centres contribueront grandement à assurer le sentiment de sécurité alors que celui-ci dépendra plutôt de la qualité avec laquelle l’architecture des habitations dialogue avec l’espace public dans les quartiers.




Un grand choix de parcours continus et stimulants



Pouvoir se déplacer par tous les modes possibles et de manière privilégiée à pied, en étant libre de choisir parmi plusieurs parcours courts et attrayants représente une qualité structurelle des tissus urbains. Il a été établi que cette qualité offre les meilleures garanties de fréquentation piétonne des espaces publics et ce tout au long de la journée et de la semaine (1).


Une ville organisée à partir d’enclaves faiblement connectées entre elles induit plus facilement des développements monofonctionnels tels des zonings commerciaux, de bureaux, de loisirs ou encore des cités dortoirs qui sont a priori plus vulnérables à certaines formes de délinquance ne fût-ce que par la discontinuité de leur occupation dans le temps. Ainsi, plusieurs études ont démontré que des immeubles dans des rues, clos ou impasses résidentielles isolées ou faiblement connectées, donc peu fréquentées, mais permettant néanmoins de s’échapper facilement risquent davantage d’être la proie de cambrioleurs (2).




Des formes positives et variées d’espace public


Les espaces publics sont l’armature du tissu urbain. Leurs formes et les usages qu’elles permettent et induisent sont déterminantes pour leur appropriation. L’espace public en agglomération étant tout à la fois espace de passage, de séjour et de desserte et ce à des degrés divers en fonction de leur position dans le réseau et de leur forme, il convient de veiller à une bonne répartition et à une heureuse succession de rues, avenues, boulevards, places, squares… afin de répondre de façon la plus équilibrée aux besoins et aux aspirations de la population. La vitalité de la ville en dépend étroitement et par conséquent le contrôle social ou plus précisément la veillance sociale qui est cette prédisposition à la bienveillance, terreau de la confiance qui règne a priori dans l’espace public (cf. article 1898).


A y regarder de plus près, il s’agit en outre d’éviter à tout prix les espaces publics dits résiduels ou négatifs qui résultent de l’implantation de bâtiments qui imposent leur propre forme à l’espace public sans souci pour l’ensemble dans lequel ils prennent part, ce qui donne lieu à des coins, recoins voire de plus grands espaces de forme aléatoire et indifférente au contexte.


Il est largement démontré que ces espaces résiduels étant moins appropriables et appropriés sont a priori des lieux privilégiés pour les incivilités, les dégradations voire des actes plus graves de délinquance et qu’ils produisent en outre de facto un sentiment accru d’insécurité.



Dans de prochains articles, nous présenterons l’état des connaissances au sujet des rapports entre l’habitat et la sécurité urbaine et entre celle-ci et l’aménagement de l’espace public.



La série :

L’importance de l’urbanisme pour une ville sûre

Quel tissu urbain pour réduire les risques de délinquance et sentiment d’insécurité ?

Comment l’organisation de l’habitat rend-elle la ville sûre ?

Comment les sécurités publique et routière peuvent se renforcer l’une l’autre ?





Pierre VANDERSTRAETEN

Architecte-urbaniste et sociologue,
Professeur à l’Université Catholique de Louvain (UCL)




(1) Rapport européen illustrant l’annexe D de la norme européenne CEN/TR 14383-2 : Urbanisme – Conception et gestion des espaces pour prévenir la malveillance (voir référence)


(2) Voir notamment l’étude du Professeur Bill Hillier de University College London : Can streets be make safe ?



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