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Si l’inceste reste un tabou dans nos sociétés occidentales, quelques études ont pu jeter un éclairage lourd d’enseignements sur ces faits. Il est ainsi possible de mieux appréhender ce que vivent les victimes et de dessiner le profil des auteurs.

 

 

Le poids du silence


S’il est bien un élément remarquable à propos de l’inceste commis sur des mineurs, c’est le poids du silence qui l’entoure, à plusieurs niveaux.

Les victimes n’osent souvent pas dénoncer les abuseurs parce qu’elles craignent de ne pas être crues ou d’être punies pour avoir parlé, d’autant que les auteurs savent comment les manipuler pour cadenasser le « secret ».

Bien souvent, la famille exerce une pression sur la victime car il faut protéger sa réputation et éviter qu’elle « n’explose ». Pour cela, elle n’hésite pas à user du piège affectif, par exemple en la culpabilisant si elle veut dénoncer « le papy gâteau ».  Quand parole il y a, elle est ignorée ou réprimée. 

Généralement les conjointes sont au courant des faits mais elles gardent le silence, privilégiant le partenaire ou la cellule familiale, ce qui alourdit la pression sur la victime.


Sur le plan sociétal, l’inceste reste un tabou dont on ne veut pas parler en tant que tel. Il suffit de constater que le droit ne le nomme pas, sinon par le détour des mots « proches ou alliés ». Certains considèrent que ce phénomène est à ce point indicible que l’on préfère l’englober dans la notion fourre-tout de « violences intrafamiliales ».

Toutefois, on doit constater, comme le montrent certains sondages, que la parole a tendance à se libérer grâce aux actions de certaines associations ou aux déclarations publiques de personnalités victimes de ces faits.



La parole libérée


Dès lors, il n’est pas étonnant qu’il faille de longues années avant que les victimes ne trouvent le courage de s’exprimer et d’affronter le regard des autres.

Certains éléments ont un rôle déclencheur dans la prise de parole comme le mariage, une maternité, le décès d’un proche influent, la peur d’une récidive sur d’autres victimes, etc. Une aide extérieure contribue parfois à se confier voire à porter plainte.

On a pu aussi observer le rôle joué par les réseaux sociaux - voir #Metooinceste » - qui ont permis à certaines victimes d’oser dénoncer leur abuseur.



Les conséquences de l’inceste


Même si les abus sexuels sont commis sur un enfant, il est communément admis que les conséquences psychosociales les plus lourdes se manifestent à l’âge adulte. On peut notamment lister :

  • Confusion des sentiments et une perte de repères sexuels équilibrants ;

  • Tentatives de suicide multiples ;

  • Dépressions nerveuses fréquentes, déficit profond d’estime de soi et sentiment de culpabilité ;

  • Grossesses nombreuses souvent suivies d’I.V.G. ;

  • Instabilité sexuelle et affective (prostitution, etc.) ;

  • Abus d’alcool, de drogues, de psychotropes, etc. ;

  • Anorexie, automutilations ;

  • Tendance à la délinquance, comportements risqués ;

  • Tendance à reproduire des mécanismes de l’inceste à l’âge adulte.



Il n’existe toutefois pas de trajectoire-type de la victime d’inceste et la plus grande prudence est de rigueur lors de l’interprétation de ces comportements qui n’apparaissent pas systématiquement ou qui peuvent découler d’autres traumatismes.



Du côté de l’auteur


Plus de 90% des auteurs d’inceste commis sur des enfants sont des hommes et ils sont souvent récidivistes. Comme Dussy (2016) le précise, pour les « incesteurs », les enfants ne comptent pas vraiment et les relations sexuelles ne comptent pas beaucoup non plus.


L’abuseur ne poursuit qu’une seule envie, assouvir ses désirs personnels sans respect pour sa victime car il se sent irresponsable. Tantôt, sans agressivité, il pense offrir une « expérience gratifiante » à une victime plongée ainsi dans une profonde confusion. Parfois, son profil sera celui d’un être violent et dominant qui se sert de sa victime comme d’un objet. 

Manipulateurs, ils tentent de jouer le jeu de la complicité avec leur victime ou ils s’assurent de son isolement pour garder le silence. Cela est rendu possible car près de 90% des abus sexuels sont le fait de membres de la famille ou de proches ayant autorité sur les enfants.  

Certaines études indiquent que ce type d’abus est lié à près de 50% à l’excès d’alcool.

Toutes les couches de la population sont concernées.



Conclusion


Comme le résume Isabelle Aubry, l’inceste est un crime de lien, ce qu’on perd avant tout quand on parle, c’est sa famille. Sans compter la possibilité de voir sa parole mise en doute, les faits être minimisés, la réprobation s’installer. 



Tous les articles :

L’inceste, un interdit quasiment universel 

L’inceste et la loi 

L’inceste, entre abusé et abuseur

L’inceste sur des mineurs : quelles actions entreprendre ?

 


Claude BOTTAMEDI

Chef de Corps d’une zone de police er

 

 
Pour en savoir plus:


L’inceste, ce crime encore trop banal perpétré à 96 % par des hommes, par Solène Cordier, Le Monde du 23 novembre 2020

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/23/l-inceste-un-crime-encore-trop-banal_6060796_3224.html#:~:text=Comme%20le%20r%C3%A9sume%20Isabelle%20Aubry,%2C%20la%20r%C3%A9probation%20s%27installer.


Dussy Dorothée, Les Théories de l’inceste en anthropologie. Concurrence des représentations et impensés, Sociétés & Représentations, 2016/2 (N° 42), p. 73-85.   https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2016-2-page-73.htm


Van Gijseghem H., La personnalité de l’abuseur sexuel. Typologie à partir de l’optique psychodynamique, Les Éditions du Méridien, 1988, Collection psychologie

http://classiques.uqac.ca/contemporains/gijseghem_hubert_van/personnalite_abuseur_sexuel/personnalite_abuseur_sexuel.pdf