Sectes & Mineurs | 11 Août 2017

Comment protéger et parler des dérives sectaires aux mineurs ?

Les dérives sectaires ne se limitent pas seulement à la sphère religieuse mais concernent aussi le domaine de la santé, du développement personnel, des actions humanitaires ou encore des activités sportives, éducatives ou culturelles. Quel rôle et quelle attitude prendre en tant qu’autorité, éducateurs ou même parent ? Pour ce faire, il est nécessaire de bien distinguer les enfants et adolescents qui ne sont pas au départ intégrés à ces mouvances sectaires et ceux qui en font partie dès leur plus jeune âge, voire à la naissance.



Les mineurs : une proie facile ?


Vulnérables psychologiquement comme physiquement, les mineurs et leur dépendance matérielle constituent une proie facile pour les mouvances sectaires. La Loi et les sanctions prévues lors d’un délit d’abus de faiblesse dû à une emprise mentale s’appliquent particulièrement à cette population.

Le principal danger des dérives sectaires consiste à tomber dans un cercle vicieux dont il est de plus en plus difficile de sortir, le vrai du faux devenant difficile à distinguer. De plus, celles-ci peuvent entraîner un individu ou un groupe dans l’illégalité et notamment de nuire à l’intégrité psychique ou physique des mineurs déjà issus du milieu ou en voie de l’intégrer.

La notion de dérive sectaire n’est pas strictement définie par la loi mais des critères précis permettent de déceler un tel risque. Le critère de la déstabilisation mentale y est cependant toujours présent.



L’enfant issu du milieu sectaire


Lorsque les enfants ou adolescents sont nés dans une organisation sectaire ou bien lorsqu’ils y sont uniquement par le choix de leurs parents, les autorités ont très certainement un rôle à jouer dans leur protection. C’est notamment le cas en matière de santé lorsque l’enfant subit des mauvais traitements, viols ou une absence de soins, cela relève des sanctions répressives classiques.

L’enfant baignant dans l’environnement sectaire a en effet un statut particulier. Adepte et mineur à la fois, l’intégration de la culture sectaire le rend moins apte à comprendre le mode sociétal traditionnel et à le distinguer de son milieu familial ou, à tout le moins, de sa sphère éducationnelle principale; ce qui renforce son état de vulnérabilité face à d’éventuelles dérives et maltraitances.

La maltraitance psychologique est quant à elle plus difficile à dépister/prouver et donc moins facile à sanctionner. C’est notamment le cas de l’exclusion qui, bien que courante, demeure difficile à établir.



Empêcher l’enfant d’intégrer le milieu sectaire


Le corps de l’éducation – abstraite (valeurs, sens) et concrète (langage, compétences) – du mineur repose en grande partie sur la sphère familiale. Les parents peuvent en effet décider qu’ils n’éduqueront leur enfant dans aucune religion, ou choisir le culte dans lequel il sera élevé. Leur monopole dans ce domaine entraine la possibilité pour les parents de défendre l’enfant même contre son gré, vis-à-vis des agissements de tiers responsables d’un préjudice moral.

Cependant, dans le cas où les parents seraient eux-aussi adeptes d’une secte, le juge peut décider de confier l’enfant à une institution ou à une personne tierce; celle-ci étant cependant une mesure exceptionnelle observée le plus souvent dans les cas de violence grave des parents sur l’enfant.



Dérives sectaires : dépister les premiers signes à temps


Plusieurs critères sont nécessaires pour déceler l’appartenance à une secte. Le principal critère est la déstabilisation mentale présente dans tous les cas de dérives sectaires. D’autres critères peuvent également intervenir comme : l’adoption d’un langage propre au groupe, la modification des habitudes alimentaires ou vestimentaires, le refus de soins, la perte d’esprit critique, le manque de sommeil.

En cas de doutes ou de suspicion d’avoir à faire à un mineur dans cette situation, il est important de :

- Maintenir le contact et le lien social/familial avec l’enfant, évoquer les souvenirs positifs partagés

- Eviter de stigmatiser sa communauté notamment en qualifiant le mouvement de secte

- Ecouter l’enfant, ses idées et croyances mêmes si elles ne proviennent pas de lui, pour ensuite élargir sa réalité afin de lui permettre de faire le tri, de développer une autonomie. Lui proposer de raconter ce qu’il fait dans le mouvement fréquenté : rites, philosophie, vocabulaire... pour tenter de lui faire prendre conscience des contrevérités dans les doctrines proposées

- Ne pas faire culpabiliser l’enfant et de ne pas se culpabiliser soi-même face à la situation du mineur ou les difficultés à l’en faire sortir ;

- Encourager l’enfant dans ses rêves, son imagination, sa créativité et ses envies ;

- Continuer à respecter la personne et en restant ouvert au dialogue ;

- Rechercher pour elle et pour vous une aide psychologique, notamment auprès d’un service d’assistance aux victimes ou d’institutions compétentes en la matière telles que SOS-sectes, les centres de santé mentale ou encore AVISO dans le cadre d’un accompagnement dans les démarches.




Nathalie Jouet
Licence en droit public, Université de Nantes




Lire aussi: https://www.sos-sectes.com/aider-les-enfants-dadeptes/

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