Armes & Polices: organisation | 3 Août 2017

Les modes d’acquisition d’armes à feu illicites

© Secunews.be

L’acquisition illégale d’armes à feu est-elle le fait de réseaux bien organisés ou plutôt de contacts aléatoires ? Une recherche de C. Morselli, professeur à l’université de Montréal, contribue à mieux comprendre comment s’organisent les trafics d’armes à feu entre particuliers et nous donne également l’occasion de redécouvrir les résultats des travaux américains et canadiens antérieurs sur le sujet.

Ces derniers mettent en évidence des particularités constantes : les marchés illégaux d’armes à feu sont structurés par un ensemble de transactions informelles et portant sur des armes à feu d’occasion ; les transactions sont relativement rares car les armes sont plus coûteuses et plus durables que la drogue, par exemple ; la motivation essentielle est liée à la volonté de se protéger personnellement ; les acquéreurs et fournisseurs sont souvent des amis, des parents ou des gens de confiance ; les propriétaires en possèdent un petit nombre ; il existe un lien ou «chevauchement» entre les marchés illégaux d’armes à feu et les autres marchés illégaux.



La recherche canadienne


Dans la continuité de ces travaux américains visant à identifier les principaux modes d’acquisition d’armes à feu illicites, l’équipe du professeur C. Morselli a cherché à connaître quelles étaient les sources au sein des réseaux personnels (qui connaissent-ils ?) pour acquérir des armes. L’échantillon interviewé d’avril à juin 2010 était composé de 20 personnes dont 13 étaient incarcérées dans des pénitenciers fédéraux de la région de Montréal et de 7 personnes libres : toutes ces personnes (même celles incarcérées), ayant acquis des armes à feu illégales n’étaient pas connues comme délinquants précédemment (Voir référence).

Trois groupes sont distingués dans cet échantillon : 7 répondants «libres» consommateurs actifs d’armes à feu et cherchant à satisfaire leur passion même par des voies illégales ; 8 répondants incarcérés sans implication criminelle grave et dont les armes à feu illégales n’étaient pas une partie importante de leur vie quotidienne ; 5 répondants incarcérés plus actifs et organisés dans le milieu criminel, la criminalité étant un mode de vie actif et rentable.



Principales indications de la recherche


Les entrevues ont permis d’identifier deux grands types d’acquisition d’armes à feu : l’acquisition opportuniste découlant d’événements ou d’occasions fortuites et l’acquisition résultant de recherches menées par l’acquéreur en vue de répondre à ses besoins. Plus de la moitié (55%) des acquisitions mentionnées au cours des entretiens était le résultat d’offres non planifiées (un tuyau d’un de ses contacts). Le fait de tremper dans un milieu criminel augmente manifestement les chances de tomber sur de telles occasions. En général les acquéreurs ne fréquentaient pas leurs fournisseurs mais les intermédiaires étaient beaucoup plus présents dans la vie des répondants. Ainsi, 54% des répondants signalaient des contacts quotidiens avec ces intermédiaires.



Trois modèles de structure de réseaux


L’auteur de la recherche canadienne distingue trois modèles de réseaux :

- Un réseau de marché fermé : les acquéreurs sont limités à un petit nombre de fournisseurs et les acquisitions spontanées y sont rares ; les recherches sont ciblées et requièrent du temps et un savoir-faire.

- Un modèle de courtage : il existe plusieurs fournisseurs mais l’accès à ces derniers est quelque peu difficile et requiert un contact mutuel. C’est donc le nombre d’intermédiaires ou de courtiers qui détermine l’accès.

- Un modèle de marché ouvert : l’accès aux armes à feu illégales est direct et le nombre de fournisseurs et d’intermédiaires à peu près égal. Ce marché est surtout alimenté par des voies d’accès informelles (famille, amis, connaissances).


Les mesures du réseau permettent d’évaluer quelles catégories d’acquéreurs sont capables d’obtenir des armes à feu illégales de différentes façons. Notamment, les répondants qui font état de liens avec le crime organisé disposent, en moyenne, de réseaux plus efficients et moins limités que les autres répondants. Deux caractéristiques permettent les mesures de ces réseaux : l’efficience (si elle est élevée, c’est que le marché est ouvert) et les contraintes (si elles sont élevées, c’est le signe de réseaux fermés, soit très dépendant d’un ou de quelques contacts, soit limités quant au nombre d’options qui s’offrent aux acquéreurs). La réussite criminelle est liée à des contraintes faibles, c’est-à-dire à un marché ouvert où les occasions sont nombreuses.



Une action policière en fonction du type de réseau


Bien que l’échantillon soit trop petit pour en tirer des conclusions sur les marchés illicites d’armes à feu, l’étude corrobore les constats de larges recherches antérieures et montre l’intérêt de l’approche des réseaux pour déterminer si les marchés illégaux d’armes à feu sont centralisés autour d’un petit nombre de fournisseurs, ou au contraire, décentralisés et offrant de multiples voies d’acquisition.

A chacun de ces scénarios correspond en effet des méthodes de répression différentes. Le fait de cibler des acteurs centraux sera plus efficace dans des marchés peu compétitifs organisés autour d’un nombre plus limité d’acteurs ; alors que les vérifications aléatoires fonctionnent mieux dans les marchés compétitifs où de multiples canaux lient l’offre et la demande. Ce n’est qu’une fois le degré de centralisation établi qu’il devient intéressant d’identifier des sources plus certaines.



Lire aussi :
Le trafic des armes à feu : questions après la tuerie de Liège
Prévenir le trafic d’armes à feu illégales




Gérard De Coninck
Docteur en criminologie




Lire aussi: https://www.securitepublique.gc.ca

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